

« Je voulais que tout soit parfait. J’avais même congelé mon colostrum. Mais rien ne m’avait préparée à ce que j’allais vivre. »
Temps de lecture : 11min
Le témoignage de Mona résonne avec force dans le silence qui entoure trop souvent les difficultés de la maternité. Son histoire, marquée par un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un long parcours de traitements hormonaux éprouvant et une dépression post-partum non diagnostiquée pendant 14 mois, révèle une réalité que vivent des milliers de femmes en France. Une réalité faite de combats, de culpabilité et, heureusement, de transformation.
Tout commence lors d’un rendez-vous gynécologique. Les mots tombent comme un couperet : syndrome des ovaires polykystiques. Dans la liste des symptômes annoncés, elle en retient surtout un : “problème d’infertilité”. Pour Mona, c’est le début d’un long parcours semé d’embûches vers la maternité qu’elle désirait tant.
Le SOPK représente aujourd’hui la première cause d’infertilité féminine en France. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : cette pathologie touche environ 10% des femmes en âge de procréer, et provoque une infertilité chez environ 50% d’entre elles. Derrière ces chiffres se cachent des histoires comme celle de Mona : des femmes confrontées à l’absence d’ovulation, à des traitements lourds et à l’incertitude permanente.
« Pas d’ovulation », lui explique-t-on. Les mots sont cliniques, mais la réalité est dévastatrice. S’ensuit alors ce que Mona décrit comme des « mois de piqûres ».
Son gynécologue lui prescrit des injections d’hormone FSH, administrées sous forme de stylo injectable, qui doivent stimuler le développement d’un follicule dominant et déclencher l’ovulation.
Chaque injection porte en elle un espoir fragile. Chaque échographie de contrôle est une montagne russe émotionnelle. Les femmes atteintes de SOPK suivant un traitement de stimulation ovarienne nécessitent une surveillance particulièrement étroite : prises de sang régulières, échographies pelviennes, ajustement progressif des doses pour limiter le risque d’hyperstimulation et de grossesses multiples.
Pour Mona, chaque étape du protocole était à la fois une épreuve physique et un combat psychologique. Ces mois de piqûres quotidiennes, de rendez-vous médicaux qui rythment sa vie, de calculs d’ovulation : tout devient obsessionnel.
Puis vient la nouvelle tant attendue : elle est enceinte. Mais là où l’on attendrait de la joie pure, Mona confesse une vérité que peu osent dire : elle détestait être enceinte.
Cette confession courageuse brise un tabou majeur de notre société. La maternité est tellement idéalisée que toute émotion négative devient indicible. Pourtant, détester sa grossesse ne signifie pas ne pas aimer son enfant. C’est reconnaître que porter la vie peut être physiquement éprouvant, émotionnellement complexe, et que le bonheur n’est pas toujours au rendez-vous à chaque instant.
Malgré ce mal-être, Mona voulait tout contrôler, tout anticiper. « Je voulais que tout soit prêt », raconte-t-elle. Elle est allée jusqu’à congeler son colostrum, dans cette course effrénée vers une maternité parfaite, irréprochable.
Cette obsession de la perfection est le terreau sur lequel se nourrit la culpabilité maternelle, ce sentiment qui touche massivement les mères du monde entier. Vouloir « bien faire », ne jamais faillir, être à la hauteur d’un idéal inatteignable : voilà le fardeau invisible que portent tant de femmes.
L’accouchement arrive. Et avec lui, un silence assourdissant. Mona s’enfonce dans ce qui sera diagnostiqué bien plus tard comme une dépression post-partum. Mais personne ne le voit. Pas même elle.
Les statistiques sont édifiantes : en France, une mère sur six souffre de dépression post-partum deux mois après la naissance. Pourtant, la moitié des cas ne sont pas diagnostiqués. Mona fait partie de ces 70% de femmes dont le SOPK n’avait pas été identifié au départ, et de ces milliers de mères dont la souffrance psychique reste invisible.
Ce n’est qu’à la naissance de son second enfant, 14 mois après le premier, que Mona apprend qu’elle était en dépression post-partum depuis tout ce temps. Quatorze mois à naviguer dans le brouillard, à se sentir « pas comme il faut », à culpabiliser de ne pas ressentir ce bonheur maternel qu’on lui avait promis.
Cette découverte tardive n’est pas rare. En effet, entre 10 et 20% des mères sont touchées par la dépression post-partum, mais seules 5% disent avoir été diagnostiquées par un spécialiste. Le sentiment de culpabilité, la peur d’être jugée comme une « mauvaise mère », le poids des attentes sociales : tout concourt à faire taire cette souffrance.
Au cœur de ce témoignage se dessine une constante : la culpabilité maternelle. Cette émotion omniprésente qui ronge en silence.
Culpabilité de ne pas ovuler naturellement. Culpabilité d’avoir besoin de traitements hormonaux. Culpabilité de détester sa grossesse. Culpabilité de ne pas être heureuse après l’accouchement. Culpabilité de ne pas y arriver seule. Culpabilité de voir son couple se fissurer. Culpabilité, toujours, partout, sans relâche.
La culpabilité maternelle trouve ses racines dans le lien biologique unique de la grossesse. Pendant neuf mois, la mère est l’unique garante de la survie de son enfant. Cette responsabilité immense crée un sentiment de devoir absolu qui, après la naissance, se transforme en injonction à être parfaite.
Notre société amplifie cette culpabilité. Les images de mères parfaites sur les réseaux sociaux, les conseils contradictoires des professionnels, les regards réprobateurs à la moindre « défaillance » : tout contribue à faire peser sur les épaules des mères un fardeau insoutenable.
Les mères sont prises en étau entre des attentes impossibles : être une « femme d’intérieur » parfaite et une « femme d’extérieur » accomplie. Par conséquent, le syndrome de la « wonder woman » n’épargne personne. Et quand on échoue (forcément) à atteindre cet idéal, la culpabilité s’installe.
Pendant ce temps, le couple vacille. Le père de ses enfants ne s’implique pas. Mais attention : pas par manque d’envie ou d’amour. Par peur. Elle le comprendra à l’arrivée de son deuxième enfant.
Peur de mal faire. Peur de casser ce petit être fragile. Peur de ne pas être à la hauteur. Face à cette angoisse, un seul réflexe : la fuite. Le refuge dans le travail, cette zone de confort où il se sent compétent, utile, légitime.
Cette dynamique révèle les déséquilibres qui persistent au sein des couples, même les plus aimants. Selon l’INSEE, les mères consacrent en moyenne 1h30 de plus par jour que les pères aux tâches liées aux enfants. Au-delà du temps, c’est surtout la charge mentale qui pèse : anticiper, organiser, se souvenir de tout, tout le temps.
Pour Mona, déjà fragilisée par sa dépression post-partum non diagnostiquée, cette solitude dans la parentalité a amplifié son sentiment d’inadéquation et de culpabilité.
Le parcours de Mona ne s’arrête pas à cette souffrance. Il y a aussi la transformation, le chemin vers la guérison, la reconstruction.
Comprendre qu’elle était en dépression post-partum a été le premier pas. Mettre des mots sur sa souffrance, réaliser qu’elle n’était pas « folle » ou « défaillante », mais malade, a ouvert la voie vers le soin.
C’est là que l’accompagnement par des professionnels qualifiés devient essentiel. Psychologues périnataux, psychiatres spécialisés, sages-femmes formées au dépistage de la dépression post-partum : ces experts peuvent faire toute la différence.
Cependant, le problème reste l’accessibilité. Trouver le bon professionnel, au bon moment, avec la bonne expertise : c’est souvent un parcours du combattant pour des mères déjà épuisées.
La transformation de Mona passe aussi par un travail sur la culpabilité. Apprendre à accepter l’imperfection. Comprendre que faire de son mieux suffit. Se défaire de l’idéal de la « mère parfaite » pour embrasser la réalité d’une « mère suffisamment bonne », pour reprendre le concept du pédiatre et psychanalyste Winnicott.
Déculpabiliser, c’est se donner le droit d’avoir besoin d’aide. C’est reconnaître que la maternité n’est pas un long fleuve tranquille. C’est accepter que certains jours soient difficiles, que certaines émotions soient négatives, sans que cela fasse de nous de mauvaises mères.
Le témoignage de Mona est précieux parce qu’il brise le silence. Un silence qui isole, qui fait croire aux femmes qu’elles sont seules à vivre ces difficultés, qui les empêche de chercher de l’aide.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils représentent des Mona, des femmes qui traversent des tempêtes en silence.
Depuis juillet 2022, la France a mis en place un entretien postnatal précoce systématique entre la 4e et la 8e semaine après l’accouchement. C’est un premier pas essentiel vers un meilleur repérage des dépressions post-partum.
Mais il faut aller plus loin. Sensibiliser les partenaires. Créer des réseaux de soutien accessibles. C’est tout un écosystème qu’il faut construire.
Si vous vous reconnaissez dans l’histoire de Mona, sachez ceci : vous n’êtes pas seule.
Votre parcours avec le SOPK n’est pas un échec personnel, c’est un combat médical. Vos mois de traitements hormonaux et de piqûres ne définissent pas votre valeur. Votre difficulté à vivre votre grossesse ne fait pas de vous une mauvaise mère. Votre dépression post-partum n’est pas de votre faute. Votre culpabilité, aussi pesante soit-elle, ne définit pas qui vous êtes.
Vous avez le droit de demander de l’aide. Vous avez le droit d’être imparfaite. Vous avez le droit de reconnaître que c’est difficile.
Des ressources existent :
L’histoire de Mona est celle d’une femme qui a traversé l’épreuve du SOPK, enduré des mois de traitements hormonaux éprouvants, détesté sa grossesse, sombré dans une dépression post-partum invisible pendant 14 mois, et vu son couple vaciller sous le poids de tout cela.
Mais c’est aussi l’histoire d’une transformation. D’une femme qui, en mettant des mots sur sa souffrance, en trouvant les professionnels adaptés, en se déculpabilisant peu à peu, a pu se reconstruire.
La maternité n’est pas un conte de fées. C’est un chemin semé d’embûches, de doutes, de nuits blanches et de larmes. Mais c’est aussi un chemin vers soi-même, vers une force insoupçonnée, vers une transformation profonde.
Chère future maman, chère maman qui lutte en silence : votre parcours est légitime. Vos difficultés sont réelles. Et vous méritez d’être soutenue, accompagnée, comprise.
Parce qu’être mère, ce n’est pas être parfaite. C’est être humaine.
Vous traversez un moment difficile dans votre parcours vers la maternité ou en post-partum ? Vous vivez un SOPK, des traitements hormonaux épuisants, ou une dépression post-partum ? Vous vous sentez seule, perdue, coupable ?
N’attendez pas 14 mois comme Mona. Demandez de l’aide aujourd’hui.
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